Une affaire mêlant conflit conjugal, accusations d’escroquerie et soupçons de faux documents a été examinée le 7 juillet 2026 par le Tribunal correctionnel de Thiès. Opposant un émigré sénégalais établi en France à son épouse, le dossier a été mis en délibéré jusqu’au 13 octobre prochain.
À l’audience, le procureur de la République a estimé que les faits reprochés étaient suffisamment caractérisés pour justifier l’application de la loi pénale. La défense, assurée par Me Alioune Séne, a pour sa part plaidé la relaxe pure et simple de sa cliente, soutenant qu’il s’agit avant tout d’un différend conjugal relevant des relations patrimoniales au sein du couple.
Demande de dommages et intérêts
L’avocat de la partie civile, Me Famara Faty, a défendu une thèse opposée. Convaincu que les éléments du dossier démontrent une escroquerie, il a réclamé 50 millions de FCFA de dommages et intérêts au titre des préjudices subis par son client.
Un mariage suivi d’une rupture brutale
À l’origine de la procédure se trouve une plainte déposée par P. S. Diédhiou, chef d’entreprise vivant en France depuis 2007. Marié religieusement le 7 mai 2022 à la mosquée de Nguinth avec A. Diagne, il affirme avoir découvert, à son retour au Sénégal le 29 novembre 2025, que son épouse avait quitté le domicile conjugal.
Selon ses déclarations, celle-ci aurait emporté divers équipements professionnels de nettoyage lui appartenant. Il soutient également que leur union n’a jamais été consommée et réclame le remboursement de près de 25 millions de FCFA correspondant, selon lui, aux dépenses engagées pour les études de son épouse et pour ses démarches de voyage vers l’étranger.
Le plaignant affirme avoir effectué plusieurs transferts d’argent. Il évoque notamment un versement de 6 millions de FCFA en 2023 destiné à financer un projet d’installation en France, ainsi qu’un autre de 4,5 millions de FCFA en juillet 2025 pour faciliter l’obtention d’un visa.
Selon lui, son épouse lui aurait assuré disposer d’un intermédiaire influent présenté comme le directeur de cabinet du ministère des Affaires étrangères. Il affirme avoir découvert par la suite que cette présentation ne correspondait pas à la réalité.
L’épouse rejette les accusations
Entendue par les enquêteurs, A. Diagne a catégoriquement nié toute escroquerie ou abus de confiance. Elle reconnaît avoir quitté le domicile conjugal pour rejoindre la maison familiale, mais réfute avoir emporté le matériel professionnel mentionné par son mari.
Elle conteste également avoir reçu la totalité des sommes avancées par ce dernier et affirme que les montants consacrés à ses études ont été largement exagérés. Selon elle, son époux n’a financé qu’une seule année de formation à l’Institut supérieur de management (ISM), pour un montant de 900 000 FCFA.
Accusations de documents irréguliers
Concernant les démarches de voyage, elle soutient avoir été poussée par son mari à utiliser des documents irréguliers, notamment une attestation de mariage et une carte de séjour qui ne lui appartenaient pas. Après l’échec de cette tentative, elle affirme avoir engagé une procédure régulière de demande de visa pour le Canada par l’intermédiaire d’un dénommé O. Diop, dossier qui serait toujours en cours de traitement.
A. Diagne affirme par ailleurs avoir été répudiée par son époux en décembre 2025 devant sa mère.
Une enquête marquée par plusieurs zones d’ombre
Au cours de la confrontation organisée entre les deux parties, chacun est resté ferme sur sa version des faits. Le plaignant a versé au dossier des preuves de transferts d’argent, un contrat de bail ainsi qu’un constat d’huissier destiné à établir l’abandon du domicile conjugal.
De son côté, A. Diagne a produit des documents qu’elle présente comme les faux papiers qui lui auraient été remis par son époux, ainsi que des justificatifs relatifs à son parcours universitaire.
L’enquête n’a toutefois pas permis d’entendre certains témoins jugés importants pour la manifestation de la vérité. Le démarcheur cité dans le dossier est demeuré injoignable, tandis que la mère d’A. Diagne n’a pas répondu aux convocations des enquêteurs.