Placé en garde à vue à la section de recherches de Colobane, Ousseynou Fall, alias « Caporal Fall », a été rattrapé par son passé. Convoqué la veille par les gendarmes, cet ancien militaire devenu militant de Pastef et chroniqueur sur une chaîne YouTube de Dakar a été interpellé et poursuivi pour diffusion de fausses nouvelles et diffamation envers les armées.
Il devait être présenté au parquet ce vendredi, sauf changement de programme, une échéance judiciaire qui vient clore, du moins provisoirement, une affaire née de propos tenus sur un plateau de télévision il y a près de quatre ans.
Tout part en effet d’une prestation remarquée de Caporal Fall sur le plateau de Sénégal 7, où il avait livré ce que la presse locale qualifie de révélations explosives sur l’armée sénégalaise. Selon des propos qui circulent depuis sur les réseaux sociaux, l’ancien militaire y affirmait notamment que l’armée sénégalaise louait des avions et déclarait avoir reçu vingt-cinq munitions alors qu’il se trouvait dans une zone de guerre, des accusations d’une gravité rare venant d’un homme ayant lui-même porté l’uniforme.
Diffusée à l’origine en 2022, cette vidéo n’avait pourtant pas suscité l’ampleur de réactions qu’elle connaît aujourd’hui. C’est la republication récente de séquences de cette émission sur les réseaux sociaux qui a remis l’affaire sur le devant de la scène, provoquant une vague d’indignation chez une partie du public, jusqu’à ce qu’une enquête soit finalement confiée à la section de recherches de Colobane.
Le parcours de Caporal Fall illustre une trajectoire singulière, celle d’un ancien homme de tenue reconverti dans le militantisme politique puis dans la chronique en ligne. Devenu une figure engagée au sein de Pastef, le parti fondé par Ousmane Sonko, il avait trouvé dans les plateaux de télévision et les réseaux sociaux une tribune pour ses prises de position, dans un pays où d’anciens militaires devenus commentateurs politiques ou chroniqueurs médiatiques ne sont pas rares, mais où la parole publique sur l’institution militaire reste, elle, extrêmement encadrée. C’est précisément ce déplacement de la critique politique vers l’institution militaire, jugée sensible entre toutes au Sénégal, qui semble aujourd’hui lui valoir des poursuites.
L’affaire ne s’arrête pas à sa seule personne. Le journaliste Pape Ousmane Cissé, présentateur de l’émission de Sénégal 7 à l’époque des faits et aujourd’hui à la rédaction du groupe Sans Limites TV, a lui aussi été entendu par les enquêteurs de la section de recherches de Colobane, avant d’être laissé libre à l’issue de son audition. Une convocation qui illustre la manière dont l’enquête ne se limite pas à l’auteur des propos incriminés, mais cherche également à remonter jusqu’au cadre médiatique qui avait permis leur diffusion