Pool Judiciaire Financier : Les choses se compliquent pour le lutteur Reug Reug

L’étau se resserre autour d’Oumar Kane, alias Reug Reug. Les personnes interpellées doivent faire face aux magistrats du Pool judiciaire financier lundi, tandis que trois autres suspects sont activement recherchés. Pour le lutteur, ce face-à-face avec la juridiction chargée de la grande délinquance économique et financière marque une nouvelle étape judiciaire, alors que les textes applicables prévoient des peines particulièrement lourdes.
Reug Reug, son oncle Mamadou Bamba Ndiaye, dit « Usine », et Diégane Faye, alias Saltigué Dibo, sont poursuivis pour association de malfaiteurs, détention de matières destinées à la contrefaçon de billets de banque ayant cours légal et tentative de corruption. Le contexte de l’interpellation complique encore la situation du lutteur. Il a été arrêté en flagrant délit, dans un appartement des Maristes, au moment où il remettait un carton de « billets noirs » à des gendarmes infiltrés, après avoir accepté un partage des gains. Le montant saisi approcherait les 900 millions de francs CFA.
Au Sénégal, les atteintes à la monnaie relèvent de la loi n°2018/02 du 23 février 2018 relative à la répression du faux monnayage et des autres atteintes aux signes monétaires, transposée du cadre commun de l’UMOA. Ce texte fixe la ligne la plus dure pour la fabrication de fausse monnaie : la contrefaçon ou la falsification des billets de banque ayant cours légal est punie de dix à vingt ans d’emprisonnement et d’une amende égale à dix fois la valeur des signes concernés, sans pouvoir être inférieure à 20 millions de FCFA. Il prévoit aussi des peines pour la détention en connaissance de cause et la détention de matériel de contrefaçon, et l’infraction commise en bande organisée entraîne des sanctions aggravées. Le juge devra déterminer quelle qualification correspond exactement aux faits reprochés.
L’association de malfaiteurs s’ajoute à ces poursuites. Le Code pénal la définit comme toute entente entre deux ou plusieurs personnes, quelle que soit sa durée, dans le but de commettre ou de préparer des crimes ou délits, et la punit de dix à vingt ans de travaux forcés ou d’une peine correctionnelle de cinq à dix ans, selon le cas. Avec les échanges téléphoniques, le partage convenu et la remise des cartons, les enquêteurs estiment disposer d’éléments pour étayer cette qualification.
Le lutteur Reug Reug reste toutefois présumé innocent jusqu’à une éventuelle condamnation définitive. Sa défense pourrait s’appuyer sur la nature même des « billets noirs », souvent de simples papiers sans valeur, pour contester certaines qualifications. Il appartiendra aux magistrats du Pool judiciaire financier de décider de la suite de la procédure : mandat de dépôt, mesure alternative ou ouverture d’une information judiciaire.
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