Plat national par excellence, le thiéboudienne reste l’un des repas les plus préparés dans les foyers sénégalais. Mais à l’heure où le prix de plusieurs ingrédients essentiels a fortement augmenté ces dernières années, la question mérite d’être posée noir sur blanc : avec un budget de 5 000 FCFA, une famille peut-elle encore s’offrir un thiéboudienne digne de ce nom ? Nous avons fait les comptes, poste par poste.
Le yaboy la sardinelle, poisson historiquement le plus abordable et le plus utilisé dans le thiéboudienne du quotidien est aussi celui dont le prix a le plus explosé ces vingt dernières années. Vendu autour de 150 FCFA le kilo au début des années 2000, il s’échange aujourd’hui, en 2026, généralement entre 1 500 et 2 000 FCFA le kilo selon les marchés, la fraîcheur du produit et les volumes débarqués. Une envolée qui s’explique par la surexploitation de la ressource, la concurrence de la pêche industrielle et le développement des usines de farine de poisson, qui captent une partie croissante des prises.
Pour une famille de cinq à six personnes, il faut compter au minimum 1,5 à 2 kg de poisson, soit déjà entre 2 250 et 4 000 FCFA parfois plus de la moitié du budget total, rien que pour la protéine du plat.
Bonne nouvelle relative : le riz brisé ordinaire, base incontournable du plat, reste l’un des produits dont le prix est resté le plus stable, grâce aux mesures de régulation de l’État. Il se vend à 300 FCFA le kilo dans la région de Dakar depuis janvier 2026. Pour un thiéboudienne familial, un kilo et demi à deux kilos de riz suffisent généralement, soit une dépense d’environ 450 à 600 FCFA un poste qui pèse finalement assez peu dans l’addition finale.
Le plat nécessite également de l’huile pour la friture du poisson et la préparation de la sauce rouge comptez autour de 300 à 400 FCFA pour la quantité nécessaire, sur la base d’un prix de l’huile raffinée fixé à 1 200 FCFA le litre. À cela s’ajoutent la tomate fraîche ou concentrée, l’oignon, l’ail et le piment, dont les prix, très fluctuants selon les marchés et les saisons, peuvent représenter ensemble entre 500 et 1 000 FCFA, ces condiments ayant eux aussi connu de fortes variations à la hausse ces derniers mois sur plusieurs marchés du pays.
Carotte, chou, aubergine, manioc ou gombo : les légumes qui accompagnent traditionnellement le thiéboudienne représentent, eux, le poste le plus ajustable du plat. Une famille contrainte par son budget peut aisément réduire la variété ou la quantité de légumes sans dénaturer complètement la recette, ce qui permet de limiter cette ligne à environ 500 à 800 FCFA.
Le verdict : un thiéboudienne « complet » devient difficile, un thiéboudienne « réduit » reste possible
En additionnant ces différents postes — poisson, riz, huile, condiments et légumes —, la facture totale d’un thiéboudienne préparé dans les règles de l’art, avec une quantité de poisson suffisante pour une famille, dépasse largement les 5 000 FCFA, pour atteindre plus couramment entre 6 000 et 8 000 FCFA selon les marchés et les arbitrages faits sur le poisson
Avec exactement 5 000 FCFA, le plat reste réalisable, mais au prix de choix contraints : réduire la quantité de poisson à ce que le budget permet réellement, privilégier le riz et les légumes les moins chers, et parfois renoncer à certains condiments jugés secondaires. C’est là, très concrètement, ce que traduit la hausse continue du prix du poisson au Sénégal : un plat qui reste accessible sur le papier, mais de moins en moins généreux dans l’assiette, pour un budget resté, lui, quasiment inchangé.