Cachets impayés : quand les concerts d’artistes sénégalais en Europe tournent au bras de fer financier

Entre artistes et promoteurs, le paiement du cachet reste « l’un des principaux points de tension » dans l’organisation des concerts. Dans une enquête sur les « coulisses du spectacle », L’Observateur revient sur les différends qui ont récemment opposé Wally Seck, Titi et Mia Guissé à des promoteurs en Europe, et décrypte les mécanismes financiers qui peuvent faire basculer un show en conflit ouvert.
Sur scène, Wally Seck a affirmé n’avoir reçu « aucun euro » de son cachet et prévenu qu’il exigerait désormais d’être payé avant de monter sur scène. Son organisateur, Sakho Production, conteste ces propos : selon lui, l’artiste avait déjà perçu presque l’intégralité de la somme, et il a pris en charge les billets d’avion et l’hôtel de plus de vingt membres de l’orchestre. Le désaccord ne porterait que sur le reliquat. Quelques semaines plus tôt, Titi avait refusé de se produire à Bruxelles faute de paiement intégral, et Mia Guissé avait annulé son concert à Milan le 13 juin pour un motif similaire. Ces épisodes révèlent une réalité souvent invisible : l’organisateur doit aussi financer une « cascade de charges » comprenant voyages, visas, hôtels, salaires, sonorisation, lumières et sécurité.
Mamadou Koné, manager de Wally Seck, explique que l’acompte versé à la signature est généralement de 50 % du montant total, le reste étant exigible le jour du concert, souvent avant la montée sur scène. L’hébergement et le catering dépendent des clauses négociées. Alain Texeira, manager de Titi et du label Prince Arts, souligne que les formules varient selon qu’il s’agit d’une coproduction ou d’un contrat classique. Les difficultés surviennent surtout lorsque l’organisateur compte sur la billetterie pour régler le solde : une faible affluence creuse alors le déficit. Pour lui, « un contrat est un contrat », et c’est à l’organisateur de savoir s’organiser.
Le promoteur Dj Rakhou pointe lui aussi les fragilités du secteur. Selon lui, beaucoup de promoteurs se contentent de verser l’acompte en misant sur la billetterie pour le reste, et le manque d’accompagnement bancaire au Sénégal n’arrange rien. Il rappelle que le promoteur porte le risque financier et doit avoir « les reins solides ». Au final, l’enquête montre que ces clashs tiennent surtout aux engagements financiers et à leur exécution, résumés par une règle : « Tout est dans le contrat ».
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